Le Coran traite de l'esclavage comme d'une réalité préexistante — qu'il n'a pas instituée.Il ne l'instaure pas, ne le prescrit pas, ne le légitime pas.Chaque mention de l'esclavage dans le texte s'inscrit soit dans une perspective de protection des personnes, soit dans une dynamique de libération.
الرِّقُّ : المملوكُ — وَالرِّقَّةُ : ضِدُّ الغِلَظِ
الرَّقَبَةُ : العُنُقُ — وَاسْتُعِيرَتْ لِلإِنْسَانِ كُلِّهِ
مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ
Dans ce contexte, le Coran ne surgit pas dans un vide :il intervient dans une société où la réduction en servitude est une réalité sociale omniprésente, économiquement intégrée, culturellement banalisée.Sa posture n'est pas celle de quelqu'un qui instaure un système — c'est celle d'un texte qui oriente une réalité existante.
Le Coran régule l'esclavage — et oriente systématiquement vers sa dissolution.Il ne dit nulle part que l'esclavage est une institution voulue par Allaah.Il traite d'une réalité sociale omniprésente et l'oriente vers sa fin.
ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا عَبْدًا مَّمْلُوكًا لَّا يَقْدِرُ عَلَىٰ شَيْءٍ وَمَن رَّزَقْنَاهُ مِنَّا رِزْقًا حَسَنًا فَهُوَ يُنفِقُ مِنْهُ سِرًّا وَجَهْرًا ۚ هَلْ يَسْتَوُونَ
ضَرَبَ لَكُم مَّثَلًا مِّنْ أَنفُسِكُمْ ۖ هَل لَّكُم مِّن مَّا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُم مِّن شُرَكَاءَ فِي مَا رَزَقْنَاكُمْ فَأَنتُمْ فِيهِ سَوَاءٌ
فَلَا اقْتَحَمَ الْعَقَبَةَ وَمَا أَدْرَاكَ مَا الْعَقَبَةُ فَكُّ رَقَبَةٍ
Mais il n'a pas franchi la côte abrupte. Et qu'est-ce qui te fera comprendre ce qu'est la côte abrupte ? Libérer un captif.
La logique de l'expiation :Dans deux des trois contextes d'expiation (S4:92 et S58:3), l'affranchissement d'un captif est la première option prescrite, avant le jeûne ou la nourriture des démunis.Le fait que libérer un captif soit présenté comme l'acte qui efface une faute grave lui confère une valeur morale de premier ordre dans l'économie textuelle du Coran.
وَالَّذِينَ يَبْتَغُونَ الْكِتَابَ مِمَّا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ فَكَاتِبُوهُمْ إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمْ خَيْرًاWa-lladhīna yabtaghūna l-kitāba mimmā malakat aymānukumfa-kātibūhum in ʿalimtum fīhim khayranCeux de vos captifs qui cherchent le contratconcluez-le avec eux, si vous reconnaissez en eux du bien.
وَأَنكِحُوا الْأَيَامَىٰ مِنكُمْWa-ankiḥū l-ayāmā minkumMariez les personnes sans conjoint parmi vous,وَالصَّالِحِينَ مِنْ عِبَادِكُمْ وَإِمَائِكُمْwa-l-ṣāliḥīna min ʿibādikum wa-imāʾikumainsi que les personnes droites parmi vos captifs et vos captives.إِن يَكُونُوا فُقَرَاءَ يُغْنِهِمُ اللَّهُ مِن فَضْلِهِin yakūnū fuqarāʾa yughni-himu llāhu min faḍlihiS'ils sont dans le dénuement, Allaah les comblera de Sa faveur.وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌwa-llāhu wāsiʿun ʿalīmAllaah est Wāsiʿ, ʿAlīm.
وَلْيَسْتَعْفِفِ الَّذِينَ لَا يَجِدُونَ نِكَاحًاWa-l-yastaʿfifi lladhīna lā yajidūna nikāḥanQue ceux qui ne trouvent pas les moyens de se marier s'abstiennent,حَتَّىٰ يُغْنِيَهُمُ اللَّهُ مِن فَضْلِهِḥattā yughniahumu llāhu min faḍlihijusqu'à ce qu'Allaah les comble de Sa faveur.
وَالَّذِينَ يَبْتَغُونَ الْكِتَابَ مِمَّا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْWa-lladhīna yabtaghūna l-kitāba mimmā malakat aymānukumCeux de vos captifs qui cherchent le contratفَكَاتِبُوهُمْ إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمْ خَيْرًاfa-kātibūhum in ʿalimtum fīhim khayranconcluez-le avec eux si vous reconnaissez en eux du bien.وَآتُوهُم مِّن مَّالِ اللَّهِ الَّذِي آتَاكُمْwa-ātūhum min māli llāhi lladhī ātākumEt donnez-leur depuis les biens d'Allaah qu'Il vous a accordés.
وَلَا تُكْرِهُوا فَتَيَاتِكُمْ عَلَى الْبِغَاءِ إِنْ أَرَدْنَ تَحَصُّنًا لِّتَبْتَغُوا عَرَضَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَن يُكْرِههُّنَّ فَإِنَّ اللَّهَ مِن بَعْدِ إِكْرَاهِهِنَّ غَفُورٌ رَّحِيمٌWa-lā tukrihū fatayātikum ʿalā l-bighāʾi Ne contraignez pas vos captives à la prostitution,in aradna taḥaṣṣunan si elles veulent se préserver,li-tabtaghū ʿaraḍa l-ḥayāti l-dunyā pour que vous cherchiez les biens passagers de la vie d'ici.Wa-man yukrihhunna Quiconque les y contraint,fa-inna llāha min baʿdi ikrāhihinna Ghafūrun Raḥīm Allaah, après ce qui leur a été infligé, est Ghafūr, Raḥīm.
La prohibition et son mobileNe contraignez pas vos captives à la prostitution — elles qui veulent se préserver — pour en tirer un gain passager de la vie d'ici.
Le retournementQuiconque les y contraint : après ce qui leur a été infligé, Allaah, est Ghafūr, Raḥīm.
فَانكِحُوهُنَّ بِإِذْنِ أَهْلِهِنَّfa-nkiḥūhunna bi-idhni ahlihinnaÉpousez-les avec l'autorisation de leurs proches,وَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ بِالْمَعْرُوفِwa-ātūhunna ujūrahunna bi-l-maʿrūfiet donnez-leur leur dû selon ce qui est convenable,مُحْصَنَاتٍ غَيْرَ مُسَافِحَاتٍ وَلَا مُتَّخِذَاتِ أَخْدَانٍmuḥṣanātin ghayra musāfiḥātin wa-lā muttakhidhāti akhdāninprotégées — non livrées à la débauche, ni prenant d'amants secrets.
وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاءَWa-lladhīna yarmūna l-muḥṣanāti thumma lam yaʾtū bi-arbaʿati shuhadāʾaCeux qui accusent les femmes protégées sans produire quatre témoinsفَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةًfa-jlidūhum thamānīna jaldatanfrappez-les de quatre-vingts coups.
فَعَلَيْهِنَّ نِصْفُ مَا عَلَى الْمُحْصَنَاتِ مِنَ الْعَذَابِFa-ʿalayhinna niṣfu mā ʿalā l-muḥṣanāti mina l-ʿadhābElles subissent la moitié de ce qui est prescrit pour les femmes libres protégées.
Des pratiques d'esclavage et de colonisation ont été menées en Europe au nom du christianisme — et documentées comme telles.La méthode intellectuellement honnête n'est pas de dire le christianisme prescrit l'esclavage et la colonisation — mais d'analyser la distance entre ce que les textes fondateurs disent et ce que des pouvoirs politiques ont fait en leur nom.Cette même méthode s'applique à l'islām.
Le Coran traite de l'esclavage comme d'une réalité sociale héritée.Il ne l'instaure pas, ne le valorise pas, ne le prescrit pas.Chaque mention de l'esclavage dans le texte le situe soit dans un registre de protection des personnes, soit dans un registre de libération.